Editions du Rocher

  • Le 16 mai 1953 disparaissait l'un des musiciens les plus fulgurants du XXe siècle. Django Reinhardt est aujourd'hui encore considéré comme un modèle pour les nouvelles générations de musiciens, mais il est surtout devenu un mythe pour la plupart des auditeurs. Ce Manouche secret, dont il n'est pas exagéré d'affirmer qu'il est le plus grand guitariste de l'histoire du jazz, a mené une existence hors du commun où la réalité semble parfois se confondre avec la légende. De sa naissance à Liberchies (Belgique) en 1910 jusqu'à sa mort dans la paisible retraite de Sarrois, cette biographie retrace les étapes d'une carrière exceptionnelle et d'une existence riche de contrastes : les premiers bals musettes, l'incendie de sa roulotte et sa main gauche mutilée, la révélation du jazz et la rencontre avec Stéphane Grappelli, la création du Quintette du Hot Club de France, les années de gloire et les dépenses fastueuses, les déceptions américaines auprès de Duke Ellington et les difficiles retrouvailles de l'après-guerre... Autant de moments forts qui jalonnent la pérégrination d'un homme volontiers nonchalant, parfois fantasque, farouchement libre. Django Reinhardt a traversé la fièvre des années 1930 et le chaos de la Seconde Guerre mondiale avec l'élégance détachée de ceux qui se sentent toujours au-delà des contingences, tout simplement ailleurs. Malgré la profusion de son oeuvre discographique et les nombreux témoignages de ses collaborateurs, il demeure toujours un mystère autour de ce génie vagabond dont Cocteau disait : Il a vécu comme on rêve de vivre : en roulotte.

  • Qui connaît vraiment saint Germain d'Auxerre ? Né à Auxerre vers 378, mort à Ravenne à la cour de l'empereur en 448, il s'impose comme le grand évêque gaulois du Nie siècle, à une époque d'apocalypse et de transition : en 378, la bataille d'Andrinople voit les Goths anéantir l'armée de l'empereur Valens ; en 410, Alaric prend Rome et, en 451, trois ans après la mort de Germain, Attila envahit la Gaule. Germain vit donc dans toute son intensité le déclin de l'Empire romain et la montée en puissance de l'Église. Haut fonctionnaire impérial, il est nommé directement à la tête d'un diocèse. Imagine-t-on aujourd'hui le préfet de Bourgogne élu par acclamation évêque d'Auxerre ? Avec passion, Germain lutte pour la survie de l'Empire. Imprégné de culture romaine, il ne conçoit pas que Rome puisse disparaître, mais son ambition est de rassembler le monde romain et le monde celtique. Comme Ambroise de Milan et Augustin d'Hippone, il contribue à renforcer l'alliance entre l'Église et l'Empire, tout en réaffirmant la conception traditionnelle en Occident de l'autorité du pouvoir politique sur le pouvoir religieux. À travers une trajectoire singulière qui croise entre autres saint Geneviève et saint Patrick, Germain témoigne d'une période de continuités et de ruptures brutales, de choc des cultures. À sa manière, son destin rejoint le nôtre.

  • Cancre à 16 ans, Ernest Shackleton, fils de médecin, préfère l'apprentissage du métier de marin à la scolarité. Il a 28 ans lorsqu'il est engagé, en 1902, sous le commandement de Robert Falcon Scott. La mission de l'expédition est de ficher l'Union Jack au pôle sud, coeur hostile et glacé du continent jamais encore pénétré par l'Homme.Bien que l'expédition soit un échec, Shackleton a pris gout au grand défi. Assoiffé de gloire, il organisera désormais ses propres expéditions pour être CELUI qui gagnera le pôle. Malgré les épreuves qu'il surmontera, il manquera toujours son but.Doué d'une volonté hors du commun, cet Irlandais au tempérament bouillonnant donnera à ses entreprises une dimension onirique qui a contribué à faire de lui un héros de légende parmi les explorateurs polaires, les marins et les montagnards. « La gloire, oui, mais jamais au prix de la vie d'un homme », avait-il écrit à son épouse. Ses trois expéditions tourneront à l'échec qu'il transformera en glorieuses aventures. Il ne perdra jamais un seul homme, contrairement à Scott.Dans les pires conditions, il fera toujours passer le salut de son équipage avant ses intérêts : devant leur trois-mâts, l'Endurance, prisonnier de la banquise de la mer de Weddell (plus grande que la France), puis broyé sous leurs yeux après des mois de dérive sur l'infini radeau de glace incontrôlable, il promettra à ses vingt-sept compagnons naufragés de les ramener tous à la maison. Grâce à son optimisme et son abnégation qui leur inspirent une foi absolue, ils dériveront encore presque un an avant de retourner à la civilisation au prix d'épreuves inimaginables.Ainsi transformera-t-il chacune de ses trois expéditions en exploits surhumains, exemplaires, fraternels.Quel homme se cachait donc derrière ce perdant magnifique, héros jalousé et vénéré ? Quelles forces intérieures, quelles secrètes inquiétudes le poussaient à ne se sentir libre et en accord avec lui-même qu'en affrontant les espaces hostiles, gelés et inconnus du Grand Sud ?En l'accompagnant dans cette biographie, nous tenterons de comprendre les ressorts intimes de cet ambitieux consumé par une soif d'absolu qui aura désiré ardemment contribuer à la conquête du dernier continent vierge et que les honneurs n'intéresseront plus. Il aura accédé aux impossibles sommets de ses rêves de cancre.« Car telle est la vertu première de l'aventurier digne de ce beau nom : faire que l'aventure soit déjà en elle-même, par-delà les aléas du meilleur et du pire, du succès et de l'échec, un accomplissement. À quoi réussit, ici mieux qu'aucun autre que je sache, Shackleton le Grand. »Paul-Émile VictorÉcrivain, Brigitte Lozerec'h s'est passionnée pour la figure de sir Ernest Shackleton. Elle signe la première biographie française consacrée à cet explorateur légendaire.

  • Portée par des femmes courageuses et attachantes, l'épopée des Seliverstoff se raconte sur trois ou quatre générations. Elle déroule l'histoire d'une famille qui avait fourni des chefs militaires, des juristes, et des personnes dévouées à leur pays. Puis vinrent le XXe siècle et la révolution bolchevique. Cécile et son époux firent face de leur mieux à des défis inhumains. Ils surmontèrent la pauvreté, les famines, l'exil et les incarcérations de leur progéniture. A leurs six enfants, ils insufflèrent le courage et la culture qui les aidèrent à surmonter les épreuves les plus dures. Tous, ils révèrent de se retrouver à Paris. Un train imaginaire, construit de chaises, devait les y conduire. De leurs récits alternés ressort la force de l'âme slave et la vigueur de caractère avec lesquelles jeunes et vieux luttèrent pour s'octroyer le droit à la vie. Finalement, les petits-enfants Seliverstoff assistèrent à l'écroulement du régime. Mais le viatique s'était épuisé. Le pire dans le communisme, a-t-on dit, c'est ce qui vient après. La dernière génération finit par y succomber.

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