Fayard

  • L'alphabet hébraïque se compose de 22 lettres. Pas uniquement un outil pour l'écriture ou le langage, elles sont, selon la cabale et le Talmud, à l'origine de la création du monde. Chaque lettre correspond à une valeur numérique, ce qui a permis aux maîtres de la Torah de développer une dimension cabalistique de l'interprétation de la Torah, la « Guématria ».
    En 22 chapitres qui constituent autant de récits merveilleux que de prétextes à confronter des interprétations religieuses ou morales, Josy Eisenberg et Adin Steinsaltz font comprendre à tout lecteur - croyant ou pas - le sens profond de la valeur intemporelle des textes bibliques.

  • Riche de près de 300 lettres, la correspondance inédite entre Freud et la plus jeune de ses filles, Anna, est un document exceptionnel. Tout au long de cette chronique de la vie d´une famille viennoise pendant les premières décennies du XXe siècle, on découvre l'homme Freud travaillant à son oeuvre et à sa pratique clinique et s´intéressant aux détails de la vie quotidienne. Mais c´est la psychanalyse qui scelle d´une manière singulière la relation entre le père et sa fille : « Je vois à présent, en te regardant, combien je suis vieux, car tu as exactement l´âge de la psychanalyse. Vous m´avez toutes deux causé des soucis, mais au fond j´attends quand même plus de joies de ta part que de la sienne », lui écrit-il à la fin de 1920. Cette comparaison montre à quel point, en ses commencements, la psychanalyse s´éprouve en famille et dans le cercle des initiés. Freud observe l'activité onirique de sa fille, une enfant tourmentée, avant de devenir à deux reprises, entre 1918 et 1924, son analyste. L´expérience est décisive. Anna s'implique dans l'International Psychoanalytical Association dès sa création, fréquente ses membres, se fait même courtiser par quelques élèves de son père. Mais, disciple fervente, elle se consacre à la thérapie des enfants et devient dans ce domaine la principale représentante de l'école viennoise face à sa grande rivale de l'école anglaise : Melanie Klein. Après l´exil de la famille en Grande-Bretagne en 1938, le conflit se poursuivra mais se soldera, en plein coeur de la Deuxième Guerre mondiale, par une entente cordiale entre les différents courants.  Document historique précieux, cette correspondance, qui s'étend sur plus de trente ans, témoigne d'un moment essentiel de l'histoire de la psychanalyse, avec ses passions et sa formidable volonté de transformer la subjectivité humaine.Ouvrage traduit avec le concours du Centre National du Livre

  • Un coup de dés jamais n'abolira le hasard est composé par Mallarmé, dans sa version finale, en 1898, l'année même de sa mort. Le poème constitue l'une des ruptures littéraires les plus radicales de la modernité : lignes éclatées sur tout l'espace de la double page, jeu sur la taille des caractères empruntant au procédé des affiches, multiplication des incises qui déroutent la lecture. Mais son énigme la plus profonde tient peut-être à son contenu : une intrigue, à peine suggérée, dont le sens, l'étrangeté continuent aujourd'hui d'échapper à une pleine élucidation.

    L'hypothèse de Quentin Meillassoux consiste à affirmer que Mallarmé a caché dans son poème un mètre secret, un Nombre unique, qui devait permettre de réinventer une poésie à la fois moderne et toujours liée à l'antique règle du décompte. Une investigation est alors menée, qui tient à la fois de l'étude littéraire, de la chasse au trésor et de l'enquête policière à la Edgar Poe. On y découvre progressivement que le Nombre n'est autre que la somme des mots du poème et que cette idée - apparemment fantaisiste - devait pourtant être à la source, pour Mallarmé, d'un geste poétique révolutionnaire et d'une rigueur sans pareille.

  • Les transformations technologiques de notre environnement, qu´il soit professionnel ou quotidien, visent avant tout à nous simplifier la vie. Et elles y parviennent, au-delà de nos plus folles espérances. Mais ce faisant, dotés d´une multiplicité de prothèses toujours plus performantes, nous ne nous percevons pas que nous sommes ainsi toujours plus adaptés aux machines, c'est-à-dire à des logiques de fonctionnement qui se résument en séquences automatisables, en choix binaires, en injonctions dépourvues d´ambigüité. Dans ce livre, c´est à l´analyse de cet « homme simplifié » que se livre Jean-Michel Besnier, décrivant comment l´irritation qui peut nous saisir parfois devant la nécessité toujours renouvelée d´appuyer sur la touche étoile de notre téléphone portable, est emblématique d´une déshumanisation profonde de notre relation au monde et aux autres. Dans le conflit des deux cultures diagnostiqué par Edgar Snow, c´est la culture scientifique d´orientation déterministe qui a gagné, triomphant de la vieille culture humaniste, porteuse d´une exigence de réflexion intérieure surannée. Ce livre sonne ainsi comme un cri d´alarme : faute de nous ressaisir à temps, nous serons bientôt conduits, avec notre consentement, à n´être que des systèmes programmés que des stimuli machiniques ou médicamenteux viendront protéger de toute perturbation et de toute inquiétude, mais aussi de toute émotion, amoureuse, esthétique ou même intellectuelle.

  • Depuis trente ans, Pierre Bergounioux construit l'une des oeuvres littéraires les plus influentes et les plus singulières. Cet ouvrage rassemble entretiens, essais, interventions, dans lesquels il affronte les questions intimes, sociales et politiques qui animent sa démarche : sa conception de la littérature, son rapport à l'écriture et à la narration romanesque, sa condition d'écrivain, son origine géographique et sociale... Il développe également un ensemble de réflexions plus générales sur l'écriture de soi, le rapport entre sociologie et écriture littéraire, sur l'histoire de la littérature et l'apparition de la littérature moderne, sur la place du langage dans le jeu des classes sociales, sur l'école, sur le marxisme.

    Contre le mythe de l'autonomie littéraire, Pierre Bergounioux ne cesse de relier la littérature, la production esthétique, l'intériorité de l'écrivain, aux grands mouvements collectifs et impersonnels dans lesquels ils s'inscrivent : l'économie, la politique, les classes sociales. Que signifie être un écrivain dans une société inégalitaire ? Comment écrire dans un monde où l'accès à la culture demeure un privilège de classes ? Quelle forme pourrait revêtir une littérature non excluante ?

    Telles sont les grandes énigmes qui animent cet ouvrage et auxquelles Pierre Bergounioux, dans un souci constant de lier politique et esthétique, s'efforce de répondre.

  • Le storytelling des hommes politiques et son décryptage compulsif par les médias sont devenus en quelques années les deux mamelles d'une démocratie envoûtée, qui a substitué le récit à l'action, la distraction à la délibération, le stage craft (l'art de la mise en scène) au state craft (l'art de gouverner). La politique est passée de l'âge de la joute à celui de l'interactif. Du storytelling à la performance narrative, de la diversion à la dévoration des attentions.
    L'homme d'État apparaît de moins en moins comme une figure d'autorité, une instance productrice de normes et de plus en plus comme quelque chose à consommer, un artefact de la sous-culture de masse.
    C'est là le résultat d'une certaine impuissance à exercer le pouvoir, sous l'effet conjugué du néolibéralisme et des nouvelles technologies. Désacralisé, profané par les médias, ridiculisé par les marchés, soumis à la tutelle des institutions internationales et des agences de notation, l'État est désormais ce trou noir qui aspire ce qu'il reste du rayonnement du politique. L'homo politicus y apparaît non plus comme le porteur du changement annoncé, mais comme un spectre éclairé par les flammes de sa propre dévoration.
    La com' politique ne vise plus seulement à formater le langage, mais à capter et à plonger les esprits dans cet univers spectral dont les hommes politiques sont à la fois les performers et les victimes...

  • Fines allusions, esquives polies, ambiguïtés volontaires ou non : dans notre vie quotidienne, les sous-entendus sont partout. Nous sommes entraînés à les employer et à les décrypter. Mais avons-nous songé aux implications de ce phénomène ? Il ne se limite pas à des ruses ponctuelles et représente à lui seul une dimension du langage et des rapports sociaux. Le sous-entendu plonge ses racines dans une lecture allégorique du monde. Il est utilisé en littérature et en politique, notamment comme arme contre les totalitarismes. Il pose de délicats problèmes d'interprétation, car qui dit sous-entendu dit risque de malentendu.
    Deux moments clés sont mis en relation : l'Antiquité classique et la Modernité, depuis les philosophes et les sophistes grecs de l'Empire romain jusqu'à Stendhal, Balzac, Aragon ou Foucault, en passant par Hemingway, Orwell et d'autres. La démonstration s'appuie sur des exemples, des citations et des études de cas, tantôt graves, tantôt drôles parfois osés. Pour la première fois, vous est proposée une enquête d'ensemble sur le non-dit et le dire autrement. Ce livre aura atteint son but s'il aide à voiler et à dévoiler, à mieux dire et à mieux recevoir. 

  • « Où est le temps, existe-t-il encore ?
    Je vous propose d'ouvrir la question du TEMPS.
    Jamais le temps n'a été aussi compact, uniformisé, fermé comme il l'est désormais à la surface globalisée de l'hyperconnexion. Mais jamais non plus il n'a été aussi ouvert et multiple : incessant battement d'avènements, amorces, émergences, éclosions perpétuelles.
    Je retrouve ici des expériences singulières : dans l'érotisme maternel et dans celui de la foi religieuse, j'ose parier sur la culture européenne et sur l'humanisme à refonder, je découvre un destin de la psychanalyse en terre d'Islam et en Chine.
    Je n'ai pas de réponses toutes faites et n'en donne pas une fois pour toutes. Je déplie des vérités hic et nunc telles que je les vis et les pense.
    Je vous présente mes compagnons de route : Antigone et Philippe Sollers, Jean-Jacques Rousseau et Jacques Lacan, Jackson Pollock et Emile Benveniste ; Simone de Beauvoir et Thérèse d'Avila.
    Un livre sur la Vérité découverte par le Temps ? Plutôt une expérience du temps scandée par des événements, des étonnements, rebonds de surprises et de renaissances. »

  • « L'époque ne demande plus seulement de répondre vaguement à la question "Que faire ?" [...] II s'agit maintenant, si l'on veut rester dans le courant, de répondre, presque chaque semaine, à la question : "Que se passe-t-il ?" [...] Le travail principal qui me paraît à envisager maintenant - comme contraire complémentaire de La Société du spectacle qui a décrit l'aliénation figée (et la négociation qui y était implicite) -, c'est la théorie de l'action historique. C'est faire avancer, dans son moment qui est venu, la théorie stratégique. À ce stade, et pour parler ici schématiquement, les théoriciens de base à reprendre et développer ne sont plus tant Hegel, Marx et Lautréamont que Thucydide-Machiavel-Clausewitz. » On verra, pour ce faire, comment tout au long de ces six années d'une correspondance riche en analyses et en projets divers - l'étroite collaboration qui s'est établie entre un éditeur et son auteur a rendu possible cette nouvelle stratégie. C'est ainsi que, par la voie du cinéma, Gérard Lebovici offrait à Guy Debord un champ plus vaste où il serait libre de s'exprimer. Trois films seront réalisés durant cette période.

  • Il est frappant de constater la masse des publications sur l'islam aujourd'hui et, malgré cela, la persistance de préjugés grossiers à l'égard des faits et notions rattachés à cette religion.


    Cet ouvrage sera très utile à des publics divers. Son langage, accessible, le met à la portée du lecteur non spécialisé. Cependant, il sera particulièrement précieux pour les étudiants, les journalistes et les chercheurs, en raison des indications précises qu'il donne à propos des aspects linguistiques, historiques, sociologiques des différentes questions traitées. Accompagné d'une bibliographie annotée, il devrait se révéler très vite un outil indispensable à tous ceux qui, à un titre ou un autre, sont intéressés par les débats actuels sur l'islam.

  • Dans quel monde vivons-nous ? Que voulons-nous vraiment ? Immergés dans une société de consommation qui nous renvoie des images désirables dont nous nous contentons, gouvernés par une politique du consensus qui manque singulièrement de projet, nous avons perdu de vue la possibilité d'une révolution. Nous sommes aujourd'hui semblables aux prisonniers de la caverne décrits par Platon, qui ne connaissent pas la réalité mais son ombre.
    Ce n'est pas tant à s'indigner que nous exhorte Alain Badiou dans ce texte inspiré, mais à refuser de consentir au monde comme il va, à exercer une véritable critique émancipatrice, à imaginer de nouvelles valeurs qui libèrent, et finalement, à se créer.

  • En avril 1913, Albert Schweitzer (1875-1965) débarquait au Gabon, à la mission protestante de Lambaréné. En Europe, il est aujourd'hui quasiment oublié ; on l'associe encore parfois à son prix Nobel de la paix, obtenu en 1952, et à l'hôpital qu'il créa à Lambaréné. Son image de bon médecin blanc paternaliste, portant le casque colonial, a contribué à l'éclipser presque totalement.
    Derrière l'argument selon lequel il n'y aurait plus rien à dire sur Schweitzer se dessine un trait de pensée caractéristique de l'Occident qui croit à une histoire inventée, et n'imagine pas combien il n'est pas seul détenteur de la mémoire. Considérer que tout a été dit sur Schweitzer, c'est se complaire dans cette posture qui voulait, à l'époque coloniale, que la parole des colonisés n'ait aucune valeur. Il est temps d'entendre la version africaine de la rencontre entre l'Européen et l'Africain.
    Ce livre est le fruit de conversations et d'échanges qu'a eus pendant huit ans Augustin Emane avec une soixantaine de personnes qui ont été soignées à l'hôpital Schweitzer ou y ont accompagné des malades. À travers eux, on accède aux croyances et aux constructions imaginaires des populations gabonaises : le succès de Schweitzer est certes dû au fait qu'il a correspondu aux images endogènes du guérisseur, mais il doit beaucoup au fait qu'il était " un homme au service d'autres hommes ".

  • Prendre l´avion, envoyer un e-mail : la mondialisation s´inscrit dans nos gestes les plus quotidiens. Pourtant, nous l´envisageons souvent comme une menace qui pèserait sur notre identité, voire notre survie. Dans cet essai incisif, Jean-François Bayart propose une vision radicalement nouvelle de ce phénomène, à rebours des discours néo-libéraux ou altermondialistes : la mondialisation est notre oeuvre et l´Etat-nation en est, en réalité, le produit et non la victime.

    La globalisation est nôtre car c´est par elle que nous façonnons notre éthique et notre corps, que nous soumettons et que nous sommes subordonnés. Loin d´être synonyme, en tout temps et en tous lieux, d´aliénation culturelle et de délitement social, la mondialisation engendre des solidarités et des réseaux transnationaux qui s´articulent aux Etats-nations sans nécessairement les ébranler. Elle voit l´émergence de nouveaux sujets moraux, de préoccupations éthiques inédites, de styles de vie neufs. La globalisation est aussi affaire de pouvoir, d´accumulation, donc d´inégalités et de violences. Contradictoire, elle intègre le marché international des capitaux et des biens, mais cloisonne, par la coercition, celui de la main-d´oeuvre ; elle célèbre la vitesse, exacerbe le sentiment d´urgence, mais se caractérise par la contrainte de l´attente, le report permanent des solutions et le stockage des populations.

    Embrassant deux siècles d´histoire, comparant les sociétés les plus diverses, analysant des pratiques sociales concrètes, Jean-François Bayart montre que, si la mondialisation est nôtre, son devenir, notre histoire, donc, se décideront sur ces seuils tragiques où s´inventent de nouvelles manières de vivre, de consommer et de lutter. Ce faisant, il renouvelle la sociologie politique et la théorie tant du pouvoir que des relations internationales.

  • En épigraphe aux Notes pour servir à l'histoire de l'I.S. de 1969 à 1971, parues en 1972 dans La Véritable Scission, Guy Debord plaçait deux citations ; l'une tirée de L'Idéologie allemande : «Les individus sont tels qu'ils manifestent leur vie. Ce qu'ils sont coïncide donc avec leur production, aussi bien par ce qu'ils produisent que par la manière dont ils le produi-sent» ; l'autre, des Mémoires du cardinal de Retz : «L'on a plus de peine, dans les partis, à vivre avec ceux qui en sont qu'à agir contre ceux qui y sont opposés.»


    C'est sur la base de telles réalités qu'un débat d'orientation, au sein même de l'I.S., fut engagé au début de 1970 pour provoquer une «véritable scission» dans l'I.S. Mais aussi, et à plus forte raison, «dans le vaste et informe mouvement de contestation» empreint d'idéologie et, par là même, sujet à toutes les récupérations ou manipulations possibles. L'Italie, en premier lieu, connaîtra dès cette époque bombes et autres formes éprouvées du terrorisme d'Etat.


    Ce volume 4 de la Correspondancede Guy Debord témoigne de tout cela et, de manière tout aussi exemplaire, de l'emploi «fait du temps» qui, de l'aveu même de l'auteur, «composait un ensemble qui ressemblait aux plus heureux désordres» de sa jeunesse.

  • Gay new york, tome 1

    Chauncey-G

    On croit souvent que les gays, jusqu'aux années 1960, ont vécu cachés, isolés les uns des autres, ostracisés par la société, et honteux d'être ce qu'ils étaient. C'est avec les années 1970 qu'ils seraient « sortis du placard », et apparus au grand jour pour revendiquer une place dans la société. Rien n'est plus faux, comme le montre l'extraordinaire voyage auquel nous convie George Chauncey dans l'histoire gay des années 1890-1940 à New York.

    Invisibles, les gays ? Au contraire. Ils s'affichaient par centaines, parfois par milliers, dans les grands bals travestis de Greenwich Village ou de Harlem, et les journaux publiaient volontiers photos et dessins des costumes les plus extravagants. Ils draguaient dans les rues et dans les parcs, se rencontraient dans les établissements de bains, se mêlaient ouvertement aux autres clients de nombreux bars et restaurants. Ils publiaient des romans à thèmes gays et lesbiens. Ils avaient leurs manières à eux de s'habiller, de parler, de se reconnaître dans les environnements hostiles. Bref, les gays avaient créé un vaste monde gay à l'intérieur de la ville, avec sa géographie, ses codes, ses traditions, sa culture.

    Exhumant d'étonnants documents d'archives - rapport des inspecteurs de police, dossiers des ligues morales, journaux à scandale, dessins humoristiques, journaux intimes, correspondances -, interrogeant des témoins de l'époque, relisant les articles de la presse populaire, George Chauncey restitue les modes de vie de ces hommes qui, malgré la réprobation sociale et une répression à peine imaginable aujourd'hui, réussirent à affirmer leur présence dans la ville avant qu'une chape de plomb, à la fin des années 1930, ne les renvoie à l'invisibilité.

    Il ne faut pas hésiter à le dire : Gay New York est l'un des plus grands livres jamais écrits sur l'histoire contemporaine de l'homosexualité, de la sexualité en général, de la vie urbaine, et de la résistance opposée par les « déviants » aux injonctions de l'ordre social.

    Didier Eribon

  • De l'usage public des idées réunit les principales interventions publiques du philosophe allemand au cours des années 1990.


    Uintérêt de ces interventions est double. D'une part, elles révèlent comment Habermas a appréhendé, mois après mois, les changements capitaux intervenus au cours de la décennie : effondrement du pôle soviétique, réunification allemande, accélération de la mondialisation et émergence de nouvelles tensions. Mais elles montrent également comment l'oeuvre a trouvé à s'exprimer et à se déployer face à ces transformations.


    C'est ainsi qu'on trouvera dans De l'usage public des idées une actualisation des thèmes classiquement abordés par Habermas (à propos de l'usage de l'histoire, de l'Allemagne, de Carl Schmitt, de Walter Benjamin, d'Adorno) en même temps que l'ensemble des réflexions qui l'ont conduit à renoncer à la perspective nationale au nom d'une ouverture cosmopolitique rendue nécessaire, à ses yeux, par la mondialisation de l'économie.

  • Notre monde est peuplé d'écrans : ceux du cinéma, de la télévision, des ordinateurs et désormais des téléphones et tablettes qui nous permettent d'accéder aux réseaux. Vivons-nous dès lors dans le monde de la caverne décrit par Platon, prenant des ombres pour le monde réel ?
    De fait, cette société d'écrans recombine l'espace et le temps, redéfinit les frontières du marchand et du non-marchand, mais aussi celles du public et du privé : elle démultiplie les capacités de surveillance des États et des entreprises, introduit de la temporalité dans ce qui nous apparaissait jusqu'alors comme des instants plutôt que comme des processus - la naissance et la mort ; elle démocratise l'accès à la célébrité. La réalité ne se donne pas seulement à lire sur nos écrans, elle s'y construit également, transformant le monde : ce monde n'est plus l'univers infini, naturel, de la science classique, mais un système réfléchi dans lequel les différentes sphères de la réalité interagissent continuellement. Les médias se font l'écho des situations extrêmes, la science a pris le pli de s'organiser en fonction des cas moyens, et nous nous trouvons démunis pour nous orienter dans la vie quotidienne. Le stade qu'atteint la fabrication du réel rend obsolètes les manières de penser que nous avons héritées des Lumières.
    C'est un nouveau discours de la méthode qu'il nous faut aujourd'hui.
    Ce livre en jette les bases.

  • A deux reprises, avec Les Particules élémentaires et Plateforme, Michel Houellebecq a mis le feu aux poudres. Traduit en trente langues, partout il a divisé la critique, remué ses lecteurs ou mobilisé la justice. C'est un des auteurs les plus discutés de l'époque. Autant adulé que décrié. On l'a tenu pour un oiseau de malheur, un visionnaire, un provocateur.
    Paradoxalement, l'écrivain reste méconnu et l'homme presque inconnu. Celui que son ami Noguez a surnommé le « Baudelaire des supermarchés » ou le « Buster Keaton de l'informatique » méritait un livre. Le voici. Le premier en France.
    Au cours des deux « affaires » Houellebecq, si chaudes, si passionnées, Noguez a été son principal défenseur, son meilleur exégète. Il a démasqué la « rage de ne pas lire » de ceux qui condamnaient ses romans en bloc. Il a su distinguer dans sa prose prétendument « plate » différents niveaux de lecture et un « ton nouveau ». Ses arguments semblent lumineux et irréfutables. Le lecteur de bonne foi en conviendra.
    A l'essai, Noguez ajoute des « bribes » de son propre journal intime. Houellebecq y apparaît tel qu'en lui-même, enfin ou en fait, avec ses faiblesses et ses forces.

    Romancier et essayiste, Dominique Noguez a publié une vingtaine d'ouvrages dont des romans :Les Martagons (Gallimard, Prix Roger Nimier 1995), Amour noir (Prix Femina 1997) et des essais : Duras, Marguerite (Flammarion, 2001), Comment rater complètement sa vie en onze leçons (Payot, 2002). Il a obtenu le Grand Prix de l'humour noir en 1999.

  • À l'heure où l'autorité, partout, est de moins en moins acceptée, comment le pouvoir (dans la famille, L'Etat, l'entreprise, etc.) continue-t-il à s'exercer et grâce à quelles nouvelles modalités ? Alain Cotta recense et dissèque les principales : Ruse, Séduction, Mensonge, Secret, Réseaux. Un essai percutant sur l'exercice du pouvoir, qui fera autorité !

    Alain Cotta, professeur d'économie à Paris-Dauphine, est notamment l'auteur, chez Fayard, deLe Capitalisme dans tous ses états, La Société ludique, L'Homme au travail, L'Ivresse et la Paresse.

  • Argumentaire auteur : Professeur honoraire à l'université d'Orsay, où il a dirigé le Laboratoire de physique théorique et des particules élémentaires, Bernard d'Espagnat a également enseigné la philosophie des sciences en Sorbonne. Il est l'auteur d'une dizaine d'essais, et notamment de Penser la science (1990) et du Réel voilé (Fayard, "Temps des sciences", 1994). Argumentaire livre : Traité de philosophie des sciences par un éminent physicien des particules sur l'apport de la physique contemporaine à la philosophie. Il se compose d'un exposé systématique de l'état de la physique contemporaine suivi d'une réflexion sur ce qu'elle apporte de neuf à la pensée philosophique. Le premier volet recense et explique les découvertes récentes. Le second confronte les différentes théories de la connaissance aux problèmes conceptuels que pose la physique quantique. Une problématique passionnante parcourt cet ouvrage : les grands systèmes philosophiques sont-ils rendus obsolètes par la science? faut-il les congédier au nom de la vérité scientifique? sont-ils un frein ou un moteur de la recherche scientifique?

  • Issu à la fois d'une réflexion d'universitaire (en tant que professeur de relations internationales depuis 25 ans) et d'une expérience personnelle (comme ancien ministre du gouvernement libanais et conseiller spécial du secrétaire général de l'ONU), ce livre prend à bras le corps le débat intérieur aux États-Unis sur leur rôle mondial du pays à l'âge d'un ordre international unipolaire.


    Le livre est fondé sur un très grand nombre de rencontres faites en Amérique, avec des dirigeants autant qu'avec des observateurs, ainsi que sur une observation sur le terrain de la stratégie américaine en action sur plus d'un théâtre récent, et notamment en Irak où l'auteur a passé plusieurs mois pour le compte de l'ONU. Mais il est également nourri par les riches débats intérieurs aux États-Unis en vue de voir comment certaines options stratégiques l'emportent sur d'autres, comment des choix particuliers finissent par s'imposer et, éventuellement, comment un nouvel équilibre peut encore être retrouvé, suite aux glissements, parfois sanglants, en cours.

  • En 1899, l'officier Julien Viaud, alias Pierre Loti, s'immergeait avec extase dans « l'Inde des palmes », rencontrant maharadjah, fakirs, fidèles sur le Gange... et rédigea l'un de ses chefs d'oeuvre L'Inde (sans les Anglais). Michaux, découvrant l'Inde en 1931 (il aurait pu y croiser Malraux cette même année), allait lui consacrer la moitié de son Barbare en Asie. Si Malraux, qui séjourna en Inde plusieurs fois, dont en 1974 - comme un pèlerinage avant de mourir -, n'écrivit jamais de grand livre sur l'Inde, il lut notamment Tagore et les grands textes sacrés et noua une relation privilégiée avec Nehru et Indira Gandhi. Quant à Gide, traducteur de Tagore et de Kabîr, sous l'invocation duquel Michaux plaça son Barbare, il connut aussi Nehru et soutint avec ferveur les oeuvres de Malraux et de Michaux. Dans cet essai littéraire, hymne à l'Inde et à ces quatre écrivains si différents qui éprouvèrent une attirance commune pour ce pays « d'antique civilisation », apparaissent aussi beaucoup de belles figures de passeurs, tels Ravi Shankar et George Harrison.

  • Ce livre est avant tout un document exceptionnel pour loehistoire de la pensée. Il rassemble en effet pour la première fois tous les documents (la plupart inédits, en français comme en allemand) relatifs aux relations personnelles et philosophiques entre Paul Celan (1920-1970) et Martin Heidegger (1889-1976).

    Son objet : donner un aperçu complet et fondé en histoire de la pensée sur la nature et l?évolution de leurs relations, autrement dit des rapports entre pensée et philosophie, puisquoeon le sait, Paul Celan est considéré comme le plus grand poète allemand après Rilke, et que Martin Heidegger est loeun des philosophes les plus considérables du XXe siècle.

empty