Karima Berger

  • Lorsqu'elle vivait à Amsterdam, Etty Hillesum avait accroché la photographie d'une jeune Marocaine au-dessus de sa table de travail. Elle s'adressait parfois à cette figure orientale en écrivant son Journal qui n'a cessé, par-delà sa mort à Auschwitz en 1943, d'être lu à travers le monde.
    Karima Berger redonne voix à cette « petite Marocaine au regard animal et serein », qui entre dans un dialogue d'une grande intensité avec Etty Hillesum. Une complicité se noue, à des années de distance et au-delà des différences culturelles, pour dire le monde et lui donner sens, même lorsqu'il paraît sombrer. Dans cette confrontation au siècle et à ses périls, un combat spirituel se fait jour chez ces femmes et la fécondité des paroles d'Etty Hillesum résonne plus que jamais dans ce dialogue rêvé entre Attentives.

    Reprise en poche d'un volume paru chez Albin Michel en 2014

  • L'exil (Hégire) du prophète Mohammed en 622 à Médine marque l'an I de l'ère musulmane. Karima Berger nous fait traverser les Hégires, parcourir océans et vallées de l'histoire sainte musulmane, rencontrer les prophètes fuyant vers leur Dieu, croiser les migrants venus d'Orient et redécouvrir un islam transformé par ses tribulations occidentales, tout entier destiné à sa métamorphose. L'auteur mêle ce parcours à sa propre épreuve de l'exil et à l'accomplissement qu'il promet.

  • Rares sont les jours où la presse ne parle pas de l'islam, ne serait-ce que pour un fait divers, pointant alors la violence de cette religion, ou les rigidités de sa pratique. Karima Berger, Algérienne, musulmane, apporte un regard aigu sur ces bruits des médias qui viennent brouiller son propre itinéraire spirituel. Mais, de l'autre côté, les armes sont aussi affûtées : comment se dire musulmane et refuser de souscrire au repli communautaire, aux lectures réductrices du Coran, aux dérives ? Tout le talent de Karima Berger est de dire avec peu de mots toute la complexité d'une relation à l'islam. En témoigne cette scène à la Mosquée de Paris, où elle est allée prier, exceptionnellement, lors du Ramadan. Malgré toute l'attention qu'elle a mise à ressembler aux femmes autour d'elle, à s'habiller conformément à la tradition, à faire les gestes avec soin, une femme la coupe dans sa prière et lui dit en français qu'une mèche dépasse de son foulard. Karima Berger lui répond, en arabe, qu'il est interdit de troubler son voisin pendant la prière, surtout dans une langue étrangère.
    Ces contradictions, apportées quotidiennement, l'amènent à revenir à ses racines, doubles, à se nourrir de la fécondité de son exil. Elle redécouvre alors, au-delà de l'épreuve, sa propre foi, et paradoxalement, l'enrichit en puisant à d'autres sources, celles des autres traditions, celles de la mystique. Telle Etty Hillesum en qui elle puise cette force de rejoindre son Dieu, Allah, en s'agenouillant.

  • Filiation, paternité, identités, amour hors frontières, une énigme à plusieurs entrées. Ce livre nous concerne tous par son exigence de vérité, par sa portée symbolique et par l'actualité de ses thèmes. Deux images se superposent dans ce livre. Deux figures d'hommes aux destins semblables et différents, unis par les liens du sang, par la quête des traces de l'origine, la quête obstinée, obsédante, du père. De ces deux personnages complexes, c'est Pierre qui gardera jusqu'à la fin sa douleur : l'interrogation sans réponse sur la perte qui marqua sa naissance et sa propre paternité. Sa tentative désespérée de trouver des bribes de révélations sur sa filiation, qu'il croit contenues dans le carnet d'un père présumé et étranger, lui permet de rencontrer Nadj, une femme venue d'un monde dont il ignore tout. L'amour partagé avec elle le transporte dans un autre univers dont il sortira meurtri. L'accueil qui lui est fait par la société de Médéa en Algérie n'atténuera pas les distances avec ce que Karima Berger appelle « la horde ». Même si - au fond c'est lui qui est vraiment attendu, lui l'étranger, le roumi, le chrétien que Nadj, femme libre a osé inviter dans le fief familial. Un privilège exorbitant que personne ne lui a accordé mais qu'elle s'est accordé seule, privilège audelà de ce que pouvait supporter la loi atavique et meurtrière du groupe. Karima Berger a déjà publié L'enfant des deux mondes, L'Aube, 1998 (Prix du Festival du Premier Roman) et La chair et le rôdeur, L'Aube, 2002. Née à Ténès, en Algérie, elle a fait des études de Droit et Sciences Politiques à l'Université d'Alger avant de s'installer en France où elle vit et travaille depuis 1975. C'est dans le face à face des cultures arabe et française de son enfance, dans une découverte de l'Autre toujours renouvelée, dans cette confrontation vivante des langues, des corps et des croyances qu'elle puise l'essentiel de sa quête et de son expression.

  • Mektouba

    Karima Berger

    Quand le vieux El Hadj Ben Amar reçoit une lettre collective de ses trois enfants, tous exilés en France ou au Canada, une sourde colère l'envahit. Lui qui vit à Alger, avec pour seul réconfort son Coran et son jardin, lui qui n'a jamais supporté la corruption et l'inertie de son pays et a cru transmettre aux siens les valeurs morales dont il a hérité, est forcé d'admettre que ses enfants convoitent une seule chose, Mektouba, sa maison, son paradis terrestre.
    Roman au souffle lyrique et syncopé, Mektouba évoque, à la manière d'un Festen arabe, tous les paradoxes d'une famille éclatée, d'une terre dévastée et d'un héritage impossible. Auteur de deux romans, L'enfant des deux mondes et Filiations dangereuses, Karima Berger a publié aux éditions Albin Michel Éclats d'islam et Les Attentives, un dialogue avec Etty Hillesum.

  • Etoiles d'Encre : une itinérance en Méditerranée Etoiles d'Encre est une revue littéraire, méditerranéenne qui accueille des voix de femmes. C'est là son exception. S'y exprime autant des auteures connues telles Leïla Sebbar, Maïssa bey ou Cécile Oumhani. mais aussi ces mains d'ombre inconnues mais souvent d'un très grand talent. S'y exprime aussi des artistes peintres, des photographes.
    Elle est ainsi un lien dans le lien : elle allie les cultures méditerranéennes dans leur diversité et elle allie la littérature et les arts plastiques.
    Son succès ne se dément pas puisque les éditrices reçoivent des centaines de textes depuis huit ans.
    La revue en chiffres :
    Plus de 8 ans d'existence, Une périodicité sans faille de 2 numéros doubles par an, 300 pages en moyenne par numéro, Entre 40 et 50 femmes s'expriment dans chaque numéro, 150 à 200 femmes s'y sont exprimées depuis le début ; le chiffre des contributions est en augmentation constante, 70 d'entre elles ont leur biographie sur notre site, 3 femmes y travaillent bénévolement sans relâche, 100 exemplaires de chaque numéro sont achetés par le Centre Culturel Français d'Alger et distribués gracieusement aux universités et public du CCF. Ce qui contribue à diffuser la culture et la langue de notre pays.
    Indiquez que dans chaque numéro carte blanche est donnée à une auteure.

  • Etty Hillesum n'a cessé de nourrir la pensée de ceux qui, après sa disparition dans l'enfer nazi, ont trouvé une immense force spirituelle dans les pages du Journal qu'elle a laissé. La jeune femme hollandaise avait à sa table de travail, dans la petite chambre qu'elle occupait à Amsterdam au début des années 1940, la photographie d'une « petite marocaine », anonyme, aux yeux de feux.
    Dans un univers fictionnel, Karima Berger ressuscite la figure de la petite marocaine et la fait entrer dans un dialogue d'une grande intensité spirituelle avec Etty Hillesum. Deux jeunes femmes, une juive, une musulmane, nouent au fil des pages une complicité pour dire le monde, et lui donner sens, même lorsqu'il paraît sombrer. Dans cet abandon au siècle, à ses périls, il y a une forme de résistance intérieure, un combat spirituel qui se fait jour chez ces deux attentives, l'une qui lit Rilke, l'autre le Coran.
    Les phrases d'Etty Hillesum, qui rythment cet ouvrage, résonnent de manière inouïe, radicalement contemporaine, et donnent un écho inédit aux paroles des anonymes qui, telle la jeune marocaine, veillent intérieurement à l'ordre du monde.

  • Deux femmes, liées à l'Algérie, l'une arabe, l'autre européenne, confrontent les deux faces d'une histoire partagée, des deux côtés de la Méditerranée. A l'occasion des cinquante ans de l'indépendance de l'Algérie, elles parlent de ce qui les a séparées dans leur enfance et de ce qui les unit aujourd'hui : elles rendent les mémoires non pas nostalgiques mais vivantes et, pourquoi pas, heureuses. Cette oeuvre originale, à deux voix, est engagée. Elle interroge l'actualité de notre monde, de ses guerres, ses paix, ses révolutions, et notamment la question lancinante de la perception d'un islam présenté comme un danger alors qu'il est multiple, intérieur, mal connu. Un magnifique geste d'écriture, tel un chant antique, une poésie, ce dialogue singulier et intime nous invite à une réflexion sur l'altérité, cette part de l'étranger en soi.

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